Politique

Le Rwanda en 1994 : du Capitole à la roche Tarpéenne, leçon d’un train de sénateur vers le dernier génocide du 20eme siècle. Par le Colonel ( er) Mamadou Adje

Les Accords d’Arusha, faisant suite au cessez le feu de 1990, avaient ravivé l’espoir d’une paix prochaine pour le « pays des Mille Collines » et « des mille problèmes » renchérissait le Pape.
Après quatre ans de tractations diplomatiques, facilitées par le déploiement successif des Groupes d’Observateurs Militaires Neutres 1 et 2 de la défunte Organisation de l’Unite Africaine ( Oua) de 1990 a 1993 et de la Mission des Nations unies d’Assistance au Rwanda ( Minuar) en Novembre 1993,
la dernière ligne droite, pour la mise en place des institutions de la transition, prévue pour prendre effet le 1er Janvier 1994 et l’intégration des forces militaires, semblait irréversible.
Tous les parties politiques avaient ratifié les accords à date échue, le 05 Novembre 1993, qui marquait le début du déploiement de la Minuar à l’exception de deux parties extrémistes Hutus , notamment le Cdr, Coalition pour la Défense de la République et de la Démocratie dont le président Martin BUCYANA fut assassiné le 23 février 1993 à Cyangugu et remplacé par Théoneste NAHIMANA.
Le Cdr et le Mrnd , Mouvement Républicain National pour la Democratie et le Développement, du partie au pouvoir, entretenaient des milices aussi dangereuses que bruyantes et démonstratives, les  » Interahamwes » ( ceux qui combattent ensemble) et les « Impuzamugambis » ( ceux qui ont le
même but ) qui vont se révélées sans pitié, pendant trois mois, pour les Tutsis et Hutus modérés pourchassés et assassinés à coup de machette sous l’œil complice des forces de sécurité.
Mais à l’entame de la mise en œuvre des « Accords d’Arusha », cette coalition d’intérêt et d’idéologie ,enrichie par des parties adhérant au processus de paix, chevauchait allègrement le cheval de Troie donné en offrande au « jamboree pour la paix », dont les lueurs encore hésitantes, éclairaient les
institutions de la transition, encore blotties dans les limbes !
Quant au Front Patriotique Rwandais ( Fpr), acteur majeur du processus de paix, il avait désigné en guise d’adhésion au processus de paix , ses représentants, escortés le 31 Décembre 1993 à Kigali par la Minuar et logés au Conseil National de Développement ( CND) un bâtiment d’architecture baroque tenant lieu de siège de l’Assemblée Nationale .
La délégation du Fpr était sécurisé par un bataillon, connu sous le sous le nom de « Bataillon de kigali » et immortalisé par le film « les 600 » ,sur la base d’un commun accord entre le Fpr, le gouvernement Rwandais par l’entremise de la Minuar .
Ainsi au 31 Décembre 1993, réglé comme sur du papier à musique , le processus de paix abordait un virage critique , à la satisfaction de l’Onu, de sesplénipotentiaires et de l’Oua .
Pour les politiques, rien ne pouvait plus arriver, qui puisse mettre en péril la marche inexorable vers la paix tant désirée depuis la fameuse «Révolution Sociale » de 1959 .
Les voix discordantes des officiers observateurs, sur des préparatifs insidieux par la multiplication des comptesaches d’armes à travers Kigali , relayées par le Général Dallaire, étaient balayée du revers de la main, au nom des progrès évidents vers un « Gouvernement de Transition à Base Élargie » ( BBTG
« Broad Based Transitional Government » en Anglais selon le lexique de la Minuar), que désormais rien ne pouvait remettre en cause.

Même la demande d’autorisation formulée par la Minuar pour la destruction des caches d’armes, dûment identifiées par les officiers observateurs , n’obtenait pas l’adhésion du Conseil de Sécurité, nonobstant le fait que Kigali était décrétée « zone d’interdiction d’arme » (KIA, « Kigali Interdiction
Arms » en Anglais selon le lexique de la Minuar).
Que pouvait la voix, à peine audible de militaires, peu éduqués à la chose politique, face au vacarme d’une réconciliation prochaine et d’une réussite capitale pour la Communauté Internationale, après les évènements tragiques de Mogadiscio et le drame du conflit libérien ?
Ainsi le prisme à travers lequel politiques et diplomates regardaient l’avenir, tranchait d’avec la rigueur qui caractérisait la recherche des indicateurs clés sur le terrain, qui fondaient le pessimisme des observateurs militaires.
Mais la danse du ventre, sous le rythme endiablé de l’hymne à la paix et les cliquetis des toasts échangés dans l’atmosphère douet des hôtels cinq étoiles, fut brutalement interrompue au
crépuscule du 06 Avril 1994.
L’avion de Commandement du Président Habyarimana, revenant d’Arusha avec à son bord le président du Burundi , le Chef d’état major et les proches conseillers du président est abattu au dessus de Kigali par un missile dont le tireur et le commanditaire resteront peut être à jamais ensevelis dans les abysses de l’Histoire, à moins d’un retournement inespéré.
Cet événement, que seuls les observateurs avait prédit , bien sûr pas dans sa forme, mettait un terme, de façon brutale et dramatique à des efforts sans précédent de pacification du Rwanda, si près du but .
Le lendemain 07 Avril , les notes d’espoir faisaient place au tocsin, dont le bruit assourdissant, couvrait la tragédie d’un génocide perpétré contre les Tutsis qui transforma Kigali et ensuite tout le Rwanda en une vaste nécropole, face à une Communauté Internationale glacée d’effroi et pétrifiée
par la tournure des évènements.
En ce « Kwibuka29 » qui marque la 29eme commémoration du dernier génocide du 20eme siècle, unne leçon à tirer, parmi tant d’autres, dans les missions de paix est « qu’il n’y a jamais loin du capitole à la Roche Tarpéenne » et un échange continu du flux d’information entre les hommes sur le
terrain et les politiques à travers leur état major respectif, peut déterminer le succès ou l’échec de tous les efforts entrepris pour la réussite de la mission .
Dans ce cas précis, les hommes de terrain, considérés comme peu éduqués à la chose politique, avaient peut être bien raison de tirer la sonnette d’alarme, malheureusement couverte par les notes assourdissantes d’un hymne prochain à la paix trop tôt entonné.
Aujoud’hui , le Soudan frappe avec insistance aux portes de la Communauté Internationale, malgré
deux décennies d’effort de paix , le Tchad vient d’ emprunter le chemin semé d’embûches de la transition, et l’Afrique de l’Ouest n’est pas mieux lotie, avec les braises allumées dans le Sahel et les luttes internes entre pouvoir et opposition, se rendant coup pour coup et ramollissant les défenses
de la cité , érigées par le sang de nos martyres.
A force de tirer sur la sonnette d’alarme, la chaîne s’est rompue et seules les doux sifflements des sirènes de la destruction, de la haine d et de l’intolérance emplissent le ciel et rythment la farandole des nuages de la guerre qui s’amoncellent à l’horizon.
Le réveil risque d’être dur, si la raison continue de déserter l’esprit de nos élites, sur qui reposent les
destinées de nos fragiles nations.

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