Politique

Troisième mandat : la mission secrète de Barack Obama auprès de Macky Sall

Selon les informations d’Africa Intelligence, l’ex-président des Etats-Unis Barack Obama s’est entretenu dans la plus grande confidentialité par téléphone avec le chef de l’Etat sénégalais pour évoquer l’élection présidentielle de février 2024. L’échange s’est tenu en étroite coordination avec l’administration Biden, au moment où le scénario d’un troisième mandat de Macky Sall se dessine chaque jour un peu plus. Révélations.

Alors que l’ancien président américain Barack Obama fait les gros titres
de la presse people pour son escapade en compagnie de sa femme
Michelle Obama et du réalisateur Steven Spielberg, à Barcelone, où ils
ont assisté fin avril au concert de Bruce Springsteen, en coulisses, c’est
un tout autre dossier, bien loin de la capitale catalane et des riffs du
« Boss », qui mobilise l’ex-pensionnaire de la Maison blanche.
Africa Intelligence est en mesure de révéler que Barack Obama s’est
entretenu dans le plus grand secret par téléphone, au mois d’avril, avec le
chef de l’Etat sénégalais, Macky Sall. L’appel, qui s’est tenu à l’initiative
de l’Américain, a duré un peu moins d’une heure. Au cœur des
discussions : l’élection présidentielle sénégalaise qui doit se tenir au mois
de février 2024. Durant l’entretien, le sujet du troisième mandat a été
directement évoqué par Barack Obama. Ce dernier a fait part de sa
préoccupation, ainsi que de celle de l’administration de Joe Biden, sur
l’impact qu’aurait une nouvelle candidature du président sénégalais.
Relation particulière
L’appel téléphonique a été facilité par la relation personnelle qu’ont nouée
les deux hommes au cours de la dernière décennie. En juin 2013, l’ancien
locataire de la Maison blanche avait choisi le pays de la Teranga pour
commencer sa première grande tournée africaine. L’ex-sénateur de
l’Illinois avait effectué une étape très symbolique sur l’île de Gorée, haut
lieu de mémoire de la traite des esclaves vers les Amériques. Une visite qui
avait particulièrement marqué l’ex-First Lady Michelle Obama, dont la
famille descend d’esclaves victimes du commerce triangulaire.
Ce séjour sénégalais avait largement contribué à rapprocher Barack
Obama et Macky Sall. Encore aujourd’hui, le président sénégalais ne cache
pas son « émotion » à l’évocation de cette entrevue. Un an après, le chef de
l’Etat sénégalais avait par ailleurs été l’un des invités de marque du
Sommet Etats-Unis-Afrique présidé par Obama en août 2014. S’ils ne sont
pas pour autant intimes, les deux hommes ont gardé un canal de
communication direct, et ce même après le départ d’Obama de la
présidence, en janvier 2017.
Dans l’ombre de Joe Biden
Pour toutes ces raisons, Barack Obama offre aux yeux de l’administration
Biden le profil idoine pour mener cette délicate mission de bons offices
auprès de Macky Sall. L’échange du mois d’avril s’est ainsi tenu en étroite
collaboration avec le secrétaire d’Etat, Antony Blinken, lui-même ancien

collaborateur d’Obama à la Maison blanche, de 2013 à 2015. Celui-ci a déjà
pu évoquer le sujet à plusieurs reprises avec Macky Sall depuis cet hiver.
Officiellement opposé aux troisièmes mandats sur le continent,
Washington ne cache pas sa crainte quant aux desseins du président
sénégalais pour l’élection de 2024, dans un climat social déjà tendu. Un
sentiment amplifié par la place particulière que joue le Sénégal dans le
dispositif africain de Washington : depuis le début des années 2000, le
pays est devenu le principal allié des Etats-Unis en Afrique francophone,
tant sur le plan diplomatique que militaire. Il est un passage obligé pour
tous les secrétaires d’Etat, démocrates comme républicains. Une position
favorisée par l’excellente image dont jouit jusqu’à maintenant Dakar
outre-Atlantique : le Sénégal est régulièrement présenté comme une
exception démocratique dans une Afrique francophone plus que jamais
fragilisée par la question de l’alternance politique.
C’est la première fois depuis 2017 que Barack Obama sort de sa réserve
pour s’impliquer directement dans un dossier international. Depuis son
départ de la Maison blanche, l’ancien président américain avait honoré
son souhait de se retirer de la vie politique. Outre Joe Biden et Antony
Blinken, seule une poignée de collaborateurs de la Maison Blanche et du
Département d’Etat ont été mis dans la confidence. Contactés, ni le
cabinet de Barack Obama, ni le Département d’Etat n’ont souhaité
commenter les informations d’Africa Intelligence.
Macron avant Obama
Avant Barack Obama, Emmanuel Macron s’était déjà employé à essayer
de convaincre Macky Sall de renoncer à se représenter à un troisième
mandat en 2024 (voir nos révélations). Lors d’un déjeuner de travail, le
31 janvier, à l’Elysée, le président français avait abordé le sujet sans
détour. Entre les lignes, il avait mis l’accent sur les nombreuses
possibilités de reconversion qui s’offraient au président sénégalais sur la
scène internationale. Un message sensiblement similaire à celui transmis
par Barack Obama, lui-même à la tête de sa propre fondation, The Obama
Foundation, depuis qu’il a quitté le pouvoir.
De longue date, Paris et Washington voient dans le président sénégalais
une figure à même d’incarner la lutte contre les troisièmes mandats en
Afrique de l’Ouest. Un rôle aujourd’hui assumé presque exclusivement par
l’ex-chef de l’Etat nigérien, Mahamadou Issoufou, ardent défenseur
d’une limitation à deux mandats pour les pays de la Communauté
économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et ce, alors que
les projets de l’organisation régionale en ce sens sont plus que jamais
fragilisés. Outre le sujet de la gouvernance, Washington et Paris souhaitent également pousser le chef de l’Etat sénégalais à s’impliquer –
en cas de retrait de la vie politique sénégalaise – sur les sujets
environnementaux à l’échelle du continent. Depuis fin 2022, hantées par
le spectre des violentes manifestations de 2021 consécutives à l’arrestation
de l’opposant Ousmane Sonko, Paris et Washington coordonnent
étroitement leurs efforts de persuasion auprès de Macky Sall.
Candidature en préparation
Pour autant, le plaidoyer des diplomaties américaines et françaises n’a
pour le moment eu que peu d’effets. A chacun de ses échanges avec
Emmanuel Macron comme avec Barack Obama, Macky Sall est resté évasif
sur ses intentions. Il a, à chaque fois, évoqué le délicat contexte régional,
entre explosion de la menace djihadiste et émergence de juntes militaires.
Une situation qui pousserait plusieurs de ses pairs de la Cedeao à vouloir
le voir rempiler au nom de la « stabilité régionale », selon ses mots.
Depuis plusieurs semaines, une poignée de cadres de la majorité
préparent discrètement la candidature de Macky Sall à un troisième
mandat. Son parti de l’Alliance pour la République (APR) a d’ores et déjà
organisé une série de meetings, et doit en tenir un ce 13 mai, à Paris, afin
de mobiliser la diaspora. En coulisses, une partie de son premier cercle
chuchote même désormais que le président sénégalais pourrait officialiser sa candidature avant la fin du mois de mai.

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