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Troisième mandat : Macky Sall cède à la pression des partisans de Sonko

Le président sénégalais Macky Sall semble avoir évité à son pays une crise plus profonde en déclarant qu’il quittera le pouvoir à la fin de son second mandat.
L’analyste politique Alioune Tine a assimilé cette décision à la « désactivation d’une bombe », soulignant que l’opposant populaire Ousmane Sonko avait menacé d’une nouvelle vague de manifestations de masse,si jamais M. Sall se présentait pour un troisième mandat controversé.
L’annonce du président, âgé de 61 ans, lors d’une allocution télévisée très attendue lundi soir, a surpris plus d’un.
Un élan s’était créé au sein de son parti au pouvoir pour qu’il brigue un nouveau mandat, une majorité écrasante de ses représentants – y compris des législateurs et des maires – qui lui demandaient de se représenter à la prochaine présidentielle.
Nombre de ses partisans qui se trouvaient autour du palais présidentiel dans la capitale, Dakar, étaient en larmes lorsqu’il a annoncé sa décision.« J’ai une claire conscience et mémoire de ce que j’ai dit, écrit et répété, ici et ailleurs, c’est-à-dire que le mandat de 2019 était mon second et dernier mandat. J’ai un code d’honneur et un sens de la responsabilité historique qui me commandent de préserver ma dignité et ma parole », a déclaré M. Sall.
Toutefois, ses détracteurs sont d’un autre avis, rappelant que M. Sall avait tristement répondu en français par « ni oui, ni non » lorsque des journalistes lui avaient demandé, peu après l’élection de 2019, s’il allait se représenter ou non en 2024. Cette déclaration était pour le moins controversée, car la loi suprême du Sénégal – la Constitution – interdit à un président de briguer plus de deux mandats. Or, le camp présidentiel soutenait- il y a seulement quelques jours – que son premier mandat ne comptait pas, car la Constitution actuelle n’a été adoptée qu’au cours de son deuxième mandat.
Des sources proches du palais présidentiel ont déclaré à la BBC que certains conseillers de M. Sall – ainsi que des membres de sa famille, qui occupent des postes de direction dans des entreprises publiques sous son règne – avaient voulu qu’il se représente. Ils craignaient qu’un nouveau président ne les démette de leurs fonctions et qu’ils ne perdent leurs avantages, à un moment où le Sénégal entame l’exploitation du pétrole et du gaz.
M. Sonko – qui est actuellement assigné à résidence – a rallié ses partisans, pour la plupart jeunes, contre M. Sall, ce qui a entraîné la mort d’au moins 16 personnes lors d’affrontements avec les forces de sécurité depuis le mois de mars. A la veille du discours de M. Sall, M. Sonko avait lancé un nouvel appel à « tout le peuple sénégalais à se lever, [et] à l’affronter » s’il se présentait pour un troisième mandat.
M. Sall semble avoir finalement cédé à la pression, déclarant qu’il voulait « préserver l’image de démocratie, de stabilité… dont le Sénégal jouit sur le plan international ». Sa décision contraste fortement avec celle de certains autres dirigeants de la région.

En Côte d’Ivoire, le président Alassane Ouattara a remporté un troisième mandat controversé en 2020. Le scrutin a été boycotté par l’opposition qui a fait valoir que sa candidature était contraire à la Constitution. Au Togo, le président Faure Gnassingbé en est à son quatrième
mandat après que la constitution a été modifiée, supprimant la limite de deux mandats.
Dans ce contexte, certains analystes politiques estiment que M. Sall a empêché la démocratie de régresser dans son pays, le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki, faisant partie de ceux qui ont salué sa décision de ne pas briguer un troisième mandat.
L’ancien Premier ministre sénégalais, Aminata Touré, a toutefois déclaré que cette décision de M. Sall est tout sauf un « acte héroïque ». « Il ne fait qu’appliquer la Constitution. Il aurait dû le dire dès qu’il a été réélu en 2019. Cela aurait évité au pays toutes les turbulences et tous les problèmes que nous avons connus », a-t-elle renchéri.

Nicolas Négoce
BBC News, Dakar

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